Thailand, part two

Longtemps nous avons hésité, tergiversé, débattu. Depuis l’erreur du Sri Lanka et son pseudo sanctuaire à pachyderme, on en a un de coincé dans la gorge, de pachyderme. Du coup on se tâte longtemps. Avant même de partir à moto pour notre tour du Nord-Thailande, on épluchait les prospectus et on interrogeait les locaux pour dénicher, sinon le meilleur, du moins le plus éthique des refuges à gros bestiaux, pour tâter de la trompe, sans se tromper.

On est finalement rentré un jour plus tôt de notre périple motorisé, Justine l’a vu comme un signe, moi comme un gouffre financier. Notre dernier jour à Chiang Mai se passera donc au Baanchang Elephant Park, sur les conseils avisés de Clément Cubat.

C’est délestés de quelques centaines d’euros qu’on file vers ce sanctuaire dédié au plus gros animal terrestre – du moins, dans sa version asiatique, bien plus petite que son cousin africain. Bref. La journée commence sur les chapeaux de roues et c’est déguisés en Mahout que nous nous apprêtons à offrir bananes et cannes à sucre aux nombreux pachydermes constamment affamés. La faute à leur immense intestin qui ne leur permet pas de ressentir la satiété. Du coup, les veinards s’enfilent 500kg de bouffe par jour. La naïve petite Justine a presque provoqué un fou rire général autour d’elle lorsqu’elle a commencé à éplucher les bananes. Aha, ces grosses bestioles ne s’embêtent ni avec la peau, ni avec rien. Ils les gobent par paquet de 12 s’il le faut !

Notre guide, qui se fait appelé Aon (prononcé ON à l’anglaise) continue en nous expliquant les bases du dressage à la thailandaise, de la nécessité des chaînes et du pic de dressage – dont ils ne se servent que très rarement, en cas d’extrême urgence – et de ses éléphants, qu’il connait tous par leur nom et leur caractère. On ne regrette en rien notre choix. Au contraire, on apprend beaucoup de choses à propos des éléphants et personne ne semble être ici uniquement pour grimper sur la bête. La journée est ponctuée d’anecdotes que Aon prend plaisir à nous raconter pour justifier toutes les actions du parc ; notamment les chaines qui n’offrent qu’une liberté de mouvement limitée à l’éléphant lorsqu’il se trouve seul. Il nous raconte qu’une nuit, un des éléphants a arraché sa chaine. Ils le suivirent à la trace (de chaine) mais ne le retrouvèrent que trop tard. Le ventre s’était enfilé un champs de bananier entier, oui, un champ, en à peine quelques heures. Ces grosses bêtes ne pansent plus qu’elles ne pensent, de tout évidence.

L’heure est venue de monter la bête. 4 mots nous sont appris, et je me révèle être le seul à pouvoir m’en rappeler. Notre groupe ne présentant, semble-t-il, pas de grands intellectuels. Premiers essais : c’est haut. Si on nous donne l’illusion de maitriser le pachyderme, parce qu’il avance, tourne et s’arrête à peu près quand on lui gueule dessus en thailandais, ce sont, de toute évidence, les dresseurs les seuls et véritables maitres.

La pause repas nous donne l’occasion d’échanger et de discuter avec notre groupe et notre guide, mais c’est surtout l’occasion – pour moi – de m’enfiler une double portion de padthai avant de monter, pour de bon, sur l’éléphant.

Chance, malchance ou hasard, Aon nous met en queue de peloton, pour fermer la marche avec une vieille éléphante expérimentée. A vraie dire, c’était surtout la moins confortable de toute, et les 45 minutes qui ont suivies m’ont rappelées les longues heures de scooter à travers les montagnes thailandaises, et plus particulièrement la douleur qu’elles me laissaient, chaque soir, au cul. Ouais, on a eu mal au cul, en plus d’avoir eu peur de tomber une bonne dizaine de fois quand notre pachyderme coupait à travers champs pour doubler un congénère ou s’envoyer allègrement quelques buissons. Enfin, c’était drôle, même si notre assurance et notre équilibre douteux ne nous ont pas permis d’immortaliser outre mesure cette balade mémorable. On quitte le camp après un bain bien mérité (pour les éléphants, ein), ou gratouilles et sceaux d’eau vont bon train.

Retour sur Chiang Mai, on récupère nos sacs et on patiente gentiment jusqu’à l’arrivée de notre tuk-tuk, direction le bus de nuit, puis l’immense Bangkok.

Quelle n’est pas notre surprise lorsqu’à 19h00, la nuit tombée, notre tuk-tuk arrive. On croit à une mauvaise blague, à une caméra cachée lorsqu’on se rend compte que le chauffeur n’a pas de bras. Sérieusement. Amputé jusqu’au coude du bras gauche, et le bras droit atrophiée, si, c’est bien lui le chauffeur. On monte, perplexe, après lui avoir tendu nos sacs de 20kg sur le toit, qu’il a attrapé à l’aide de son unique membre mouvant. D’autres touristes nous rejoignent, au fur et à mesure, tous aussi interloqués de la situation. On rigolera tous ensemble, de ce trajet d’une bonne heure dans Chiang Mai, avant d’arriver devant notre bus qui ne présage, lui non plus, rien de bon.
Habitués au bus couchette du Vietnam, on déchante devant le confort rustique des bus thailandais. S’il y a bien des sièges inclinables, notre galanterie très française, ou simplement notre lenteur, nous font hériter des deux dernières places au fond du bus. Bien sûr, nos places ne sont pas inclinables et bientôt, on réalise que l’on est assis juste au-dessus du moteur. L’habituelle sur-climatisation des bus de nuit ne semblant pas fonctionner dans celui-ci. Au bout de trente minutes on comprend que la nuit va être très longue, par quarante degrés, sans pouvoir trouver le sommeil. Heureusement qu’une petite pause repas à 3 heures du mat’ nous remet d’aplomb avant d’enfin poser les pieds à Bangkok, à deux rues de la fameuse Khaosan Road.

Que dire de cette arrivée dans l’immense Bangkok ! A peine sortis du bus, tout juste réveillés, nous sommes littéralement assaillis par des dizaines de taxis et rabatteurs en tout genre. Il est 6h du matin, et on se fie à MapsMe pour rejoindre la rue la plus connue de Thailande. En quelques minutes on assiste, ébahis, à la fin de soirée sur Khaosan. Il fait déjà jour, mais on croise çà et là des touristes et des thais, finissant difficilement leur dernière bière en refaisant le monde allongés sur le trottoir, des jeunes filles à la vertu légère (où était-ce des hommes, nous ne saurons jamais) tentant de rentabiliser leur soirée et déjà, les éboueurs à l’œuvre pour nettoyer l’orgie de la veille. On rigole doucement, à l’écart de cette douce folie thailandaise. Puis on erre de longues et chaudes minutes afin de trouver une chambre, correcte, et pas trop chère. Il semble que ces deux critères soient difficiles à combiner. On paye une chambre pourrie, sans fenêtre, à la clim inutile, une petite fortune, mais ce n’est l’histoire que d’une nuit, le luxe nous pend au nez. Avant tout, on profite de cette journée dans le « centre » de Bangkok pour en visiter les principaux points d’intérêt.

Naïfs que nous sommes, on se dit que se balader à pieds c’est plus sympa pour visiter. On se fait 6km en plein cagnard, par 45° degrés à l’ombre. On cuit littéralement, nos tongs fondant sur les trottoirs de la cité des anges. Ceci-dit, c’était plutôt sympa. Après avoir longé les canaux aussi historiques que dégueulasses de Bangkok, on a traversé un quartier démuni de touristes qui semblent réservés aux réparateurs électroniques. Des dizaines de stands, alignés sur le trottoirs, où fourmillaient télévisions, radios, ordinateurs et autres ventilateurs, un vrai paradis du mécano-bidouilleur. Quelques marchés plus tard, un Chinatown en plein jour assez inintéressant, des Pringles la reine des neiges et un Coca-Cola au Macdo, on était rentré à Khaosan Road en bateau-bus, prêts à attaquer la nuit dans l’une des plus folles rue du monde.

Et on a pas été déçus ! 75 euros, des buckets de vodka-redbull et une macarena plus tard, on s’effondre dans notre lit, à 4 heures du mat’. Bangkok nous avait attrapé dans ses filets.

A Bangkok, la nourriture ne coute rien mais la vie est chère. Du coup, comme je l’ai subtilement annoncé plus haut, nous avons vécus comme des rois ces quelques jours dans la cité des anges. Merci Airbnb et son système de parrainage qui nous a octroyé un petit « bon d’achat » de 275 euros. Tout y est passé, mais notre appartement les valait largement. Dans un immeuble tout neuf d’architecte, un appartement au design soigné et au confort maximal, avec une immense terrasse qui surplombe la ville. Un canapé, un frigo, une douche balnéo avec eau chaude et un chasse d’eau qui fonctionne. On s’habitue vite au grand luxe, et on se demande comment on a pu vivre ces 4 derniers mois sans la clim. Le must : une piscine à débordement au 25e étage. Le pied.
Trop beau ? Evidemment. Notre poisse légendaire n’a pas tardé à nous rattraper. Si le premier jour la piscine était belle et bien ouverte, le lendemain, elle était fermée pour remise en état des peintures… Pendant quinze jours ! On a pas mis un pied dedans. Néanmoins, Justine remontée comme jamais et bien décidée à ne pas ‘encore’ être le dindon de la farce, monte au créneau, et envoie un message outré mais efficace à la propriétaire du dit appartement. On récupère, cash, la moitié de nos 275 euros offerts, sans écourter notre séjour luxueux. Moralité : on a gagné de l’argent.

Ni une, ni deux, Justine a foncé à H&M, histoire de fêter dignement cette rentrée d’argent inattendue. Elle repart avec un magnifique short noir en jean, qu’elle perdra moins de 10 jours plus tard dans des circonstances sombres, mélangeant cocktails, kayak et marée montante.

Les jours qui ont suivis ont été calmes et reposants. Nous avons fait l’impasse sur un certain nombre de « must do » à Bangkok, comme le Palais Royal, hors de prix, qui nous imposait, en plus, de porter un pantalon. Vous comprendrez facilement, que par 45° degrés, nous avons passé notre tour. Le flux continu de touristes chinois nous a aussi fait préférer d’autres temples et pagodes, certes, moins impressionnants mais tout aussi magnifiques. Aussi nous avons alterné Bouddhas couchés et centres commerciaux gigantesques – mais vraiment gigantesques (et avec des thématiques bizarres, des concours de miss Thailande, des défilés de Transformers et autres Pokemon), en découvrant une ville qui malgré sa taille démesurée pouvait se montrer agréable.

Une soirée ping-pong à Patpong et une journée marathon à Chatuchak marquent la fin de notre séjour dans la mégapole thailandaise. Chatuchak où on aura passé en tout et pour tout une bonne dizaine d’heure, à déambuler de stands en stands, de vendeurs en vendeurs, Justine tenant absolument à TOUT voir. Une journée épuisante qui solde par l’achat de deux t-shirts. Soit, 5 heures par t-shirt.

Adieu Bangkok, bonjour les îles et le golf de Thailande. Premier stop à Koh Tao pour un petit baptême de plongée sous-marine.

Thibaut

Ajouter un commentaire