Ecuador, en 5 jours

C’est d’une façon assez chaotique qu’on réussit à rejoindre la gare routière de Trujillo. Chaotique, c’est aussi le mot qui définit le mieux notre dernier voyage en bus péruvien. On débarque en pleine nuit dans un bus bondé, odorant, sombre et moite. On a choisi le billet le moins cher, on est servi. Autant être honnête, cette nuit en bus a intégré illico le top 3 de nos nuits les plus pourries. C’est parti pour quelques 12 heures, assis ou devrais-je dire, plier sur nos sièges trop petits. Ne nous y attardons pas, notre tête est déjà ailleurs, en Colombie où Ana et Julian, nos hôtes du Proyecto San Antonio nous reçoivent dans quelques jours. On débarque tôt le matin à Tumbes, ville frontière, étape incontournable pour passer en Equateur via Huaquillas, également connue pour avoir été élue pire frontière terrestre en 2014. Il est vrai qu’ici, les arnaques vont bon train. Taxi qui s’arrêtent au milieu du no man’s land, sermon sur la corruption, les conditions de travail difficiles… et qui vous extorquent quelques dizaines de dollars. Mais nous sommes prévenus, et c’est avec une extrême facilité qu’on évite les pièges et qu’on atteint l’Equateur sans même passer par la case douane-tampon-passeport. A vouloir nous débrouiller par nous même, on s’est retrouvé à plusieurs kilomètres du bureau des douanes. Dommage. Ca nous coutera tout de même quasiment 10 dollars pour aller faire tamponner nos précieux passeports, sans encombre aucune.

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De retour au centre-ville, on tue le temps, en jouant aux cartes pour changer, en attendant le départ de notre bus pour Quito, capitale équatorienne. On profite également de ces quelques heures pour repasser la frontière, à pieds, et s’envoyer quelques anticuchos payés en soles (la monnaie péruvienne). Je vous entends d’ici, Thibaut, qu’est un anticucho ? Mais voyons, il s’agit des légendaires brochettes de cœur de bœuf, si appréciées au Pérou. Alors, oui c’est peut-être cancérigène (poke l’OMS) mais qu’est-ce que c’est bon ! Comme vous vous en doutez, Justine n’a pas daigné les regarder quand Pauline en a gouté un tout petit morceau. Tant mieux pour moi. C’est déjà l’heure de repartir et d’enchainer une nouvelle nuit en bus. Programme des réjouissances : 14 heures de bus, qui cette fois se passent sans encombre aucune, si ce n’est qu’il fait moins douze dans le bus, la clim poussée à fond et que les filles passent le voyage à changer de place pour trouver le meilleur spot où passer la nuit. Nous y voilà, Quito, magnifique cité coloniale planquée entre collines et volcan. On arrive un peu à l’improviste, sans savoir ni où on va dormir ni ce qu’on vient faire ici. Par chance (ou hasard) on fait la rencontre d’un policier qui nous conduit à un petit hôtel à 5$ la nuit en échange d’une petite signature sur sa feuille de papier certifiant qu’il s’est rendu utile et que, par conséquent, sa journée est finie… à 10h du mat. On est même escortés jusqu’au dit hôtel, lui, bloquant la circulation pour nous faire traverser, et ne manquant pas de nous signaler à quelque point Quito n’est pas une ville sûre. Ceci-dit l’hôtel est plutôt génial. Une vieille bâtisse coloniale magnifique, quasiment vide, gérée par un cubain avec cour intérieure, fontaines et moulures. Bon, les chambres n’ont rien de luxueux, mais à 5$ la nuit, on pouvait difficilement trouver mieux, qui plus est à quelques minutes du centre historique. On y passe 3 jours, le temps de se rendre compte qu’il s’agit d’une planque de flics, qui chaque jours viennent faire la sieste et squatter le wifi, plusieurs heures durant. L’occasion de saluer quotidiennement notre gentil policier qui ne manquera pas d’immortaliser notre rencontre à grand coup d’appareil photo (la vérité, il a arrêté des gens pour qu’ils nous prennent en photo avec lui !).

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Notre séjour à Quito a certes été rapide mais plutôt prolifique. Au programme : musées, visite de la vieille ville, balade dans la capitale et petite bière en terrasse. La ville se prête bien à la nonchalance qui nous caractérise assez bien ces derniers temps. On découvre tout de même quelques spécialités locales comme le chorizo con papa, l’empanada de viento, le canelazo et on ne serait que vous recommander de visiter le musée d’art contemporain, construit dans un ancien hôpital militaire vraiment canon, et de faire l’impasse sur la place Foch – lieu de toutes les dépravations et concentré de boites de nuit plutôt glauques – au profit d’une petite soirée pittoresque dans la Ronda. Une dernière coupe de cheveux pour essayer de faire disparaître ce roux persistant, et nous voilà repartis, en bus, direction Otavalo et l’un des plus grand marché d’Amérique du Sud. A peine deux heures de bus, dont une heure et demie pour sortir de Quito, et on est déposés en bordure d’autoroute, à l’entrée de la ville.

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On décide de passer une nuit sur place pour avoir le temps de vraiment se perdre dans ce marché immense. Ce qui nous permet en plus de rejoindre la frontière Equateur-Colombie dès le lendemain matin et d’enchainer sur un bus de nuit direction Bogota. On dépose tout notre barda dans une chambre avec vue sur le marché, et c’est parti pour une folle journée à errer dans ce dédale gigantesque d’étoffes, de fruits, d’artisanat et de made in china à la recherche de petits cadeaux souvenirs et autres babioles inutiles. Heureusement, notre compte en banque et le poids de nos sac à dos sont là pour nous rappeler qu’il nous reste encore quelques mois à barouder. Malheureusement, non, nous n’avons pas fait l’acquisition de ponchos, car bien que fait en laine d’alpaga, ça pèse un âne mort. Nous restons donc globalement sages, ne nous autorisant que le strict nécessaire à notre bonheur équatorien.

A peine 5 jours en Equateur et déjà l’heure de partir. Bon, on l’a choisi, l’équateur pratiquant le dollar US, tout ou presque est plus cher que chez ses voisins frontaliers. Aussi on préfère ne pas s’attarder dans le petit du centre du monde au profit de la Colombie, sa jungle et sa chaleur tropicale. Dernier bus en direction de la frontière,
; bus que, soit disant passant, Pauline a failli louper parce que trop occupée à acheter des beignets dans la rue ; et nous voilà déjà à Tulcan, ville frontière avec la Colombie.

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On appréhendait un peu le passage de frontière colombien, la cocaine, les FARC, tout ça… D’autant qu’il nous fallait, en théorie, une preuve de sortie du territoire pour rentrer. Photoshop nous a fourni un semblant de preuve via un vol Cartagena – Panama City, mais que nenni, le passage de frontière a été le plus rapide et le plus simple de ces 10 derniers mois. Un simple « Bienvenido a Colombia » et un tampon « 90 dias », en une minute chrono et nous étions, enfin, après plus de 50 heures de bus cumulées depuis Trujillo, arrivés en Colombie. Le plus dur était fait. Le temps de se familiariser à une nouvelle monnaie et, hop, on goutait aux frijoles et on embarquait dans un bus Ipiales – Bogota, pour 18 heures de voyage à travers le sud colombien. De loin le meilleur bus de notre voyage : sièges spacieux, inclinable à 160°, écran personnel avec séries et films inclus, écouteurs personnels et petite couverture, toilettes impeccables et climatisation maitrisée. C’est clair, la Colombie sait recevoir.

Thibaut

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