Colombia, part Proyecto San Antonio

Si le bus est parfait, le trajet l’est encore plus : nous faisons des pauses-repas !! En a peine quelques heures, la Colombie a cerné mes attentes. Ce pays me comprend. On est tous ravis de changer (un peu) de cuisine. Après 3 mois et demi de riz – pomme de terre – viande grillée, on aspirait à un peu de nouveauté. Et c’est chose faite ! Les colombiens rajoutent des haricots rouges. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. Le trajet Ipiales – Bogota est rapide. Notre bus parti au 9/10eme vide, l’est toujours. Au loin, Bogota se dessine. Et la capitale colombienne se dessine pendant longtemps ! Nous mettons les pieds dans l’une des plus grandes villes d’Amérique du Sud, avec pas moins de 10 millions d’habitants et presque autant de motos. Des autoroutes traversent même la ville. Nous mettons bien une heure à atteindre la gare routière, le trafic est plutôt chaotique. C’est d’ailleurs assez surpris qu’on débarque dans une gare routière aux allures d’aéroport. Immense.

On ne perd pas trop de temps et on fonce direction la Candeleria, quartier touristique de Bogota et certainement le plus agréable de la ville. Nous avons deux jours devant nous avant de rejoindre Ana et Julian à la Calera, à quelques minutes de Bogota. La quartier est plutôt sympa, artistique. La majorité des murs sont recouverts de fresques et de tags. C’est coloré. On se balade d’auberge de jeunesse en auberge de jeunesse pour en trouver une « dans notre budget ». On atterrit à l’hostal Fatima, après avoir négocié le prix du dortoir (4,7€ la nuit, avec FAT petit déj, on pouvait difficilement faire mieux). L’heure est au budget et à l’organisation. Jusqu’à présent on ne savait qu’une chose : on remontait l’Amérique du Sud, tranquillement. Et ca y est, après plus de 9000KM en bus, bateau et à pieds, nous y voilà, nous sommes quasiment en haut, à quelques kilomètres seulement du Panama, des Caraïbes et de l’Amérique Centrale. Alors que faire ? Les filles se procurent les guides Lonely Planet du Panama et de la Colombie, en anglais (de toute façon, on est trilingues maintenant !). La Colombie a l’air plus que chouette, le Panama vachement moins. Le compte commun tire la gueule aussi. Nous devons faire des choix, encore une fois. Idéalement, on aurait bien traversé TOUT les pays de l’Amérique Centrale. Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, Guatemala, Belize jusqu’au Mexique. Financièrement, on s’oblige à en supprimer quelques uns, ou du moins, à passer rapidement sur les plus chers. Hors de question de squizzer le Costa Rica, dont Justine rêve depuis bientôt 6 mois, il faut dire que les promesses sont plutôt alléchantes : jungles vierges et sauvages, paresseux et singes en pagailles, nature omniprésente, parcs nationaux parmi les plus beaux du monde. Malheureusement, c’est aussi le pays le plus cher d’Amérique Centrale, la faute aux ricains qui descendent en vacances par ici. Du coup, après toute une journée à essayer d’établir un semblant de plan pour la suite, on est encore plus perdus qu’avant. Surement pour le meilleur !

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On se change les idées au supermarché. Oui, c’est une sorte de tradition quand on arrive dans un nouveau pays, on file au supermarché et on regarde ce qu’il y a de nouveau. Et on n’a pas était déçus, la vache ! On avait lu qu’en Colombie, il existe des fruits qu’on ne trouve qu’ici, et bah c’était pas des mythos ! Jamais, au grand jamais, nous n’avions trouvé autant de fruits dont on ignorait tout. Du coup, on a dévalisé le rayon et on est repartis avec pas moins de 12 fruits totalement inconnus, pour le plus grand plaisir de Pauline. Pour la première fois, en quasiment 10 mois, on ouvrait des fruits sans savoir ce qu’on allait trouver à l’intérieur. Peut-être même pour la première fois de notre vie. Et, surprise, on a trouvé un fruit que Pauline aime bien ! On vous fait parvenir une caisse les Deloge ;) Ca s’appelle la Pitahaya, ça ressemble à ça, et on l’a appris après coup, c’est un super laxatif.

Finalement, nous survolons la capitale colombienne, on fait même l’impasse sur le Museo del Oro, de toute façon, on est quasiment sûrs de revenir, après notre escale campagnarde au Proyecto San Antonio. Le peu qu’on voit de Bogota nous laisse une impression des plus positives. Bien loin des stéréotypes drogue-violence-insécurité. L’heure est venue de rejoindre nos nouveaux amis colombiens. Et c’est à ce moment qu’on prend conscience de l’immensité de la ville. Il nous faut pas moins d’une demie heure de taxi pour – non pas traverser la ville – mais seulement nous rendre à l’arrêt de bus pour la Calera. Ensuite, c’est encore une bonne demi-heure dans un mini-bus accidenté et nous voilà débarqués dans la dernière ville-banlieue de Bogota qui n’a pas été avalé par la mégalopole. On avale un almuerzo completo pour trois francs six sous, et on resaute, non pas sans mal, dans un nouveau minibus, direction la Finca San Antonio. Globalement, nous ne sommes pas super dépaysés. Selon Pauline, ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux Côteaux du Lyonnais, moi j’y vois plutôt un bocage vendéen un peu plus vallonné, Justine n’émet pas d’avis mais trouve que ça manque cruellement de plage, de cocotiers et de plongée. La campagne, où qu’elle soit, ressemble à la campagne. On saute in extremis de notre buseta et arrivons dans la ferme dans laquelle nous allons travailler les deux prochaines semaines.

Travailler est un bien grand mot, aider serait plus juste. Comme à Nomadsland, au Cambodge (vous pouvez d’ailleurs relire notre aventure sur cette petite île paradisiaque ici !), nous allons donner un coup de main contre gîte et couvert. En plus de l’aspect économique non négligeable, ça nous permet d’être au plus proche des locaux, des vrais, et d’avoir une vision plus authentique du pays qu’on traverse ☺ Et puis, en vrai, on a surtout choisi d’aller là-bas parce qu’Ana et Julian ont aménagé un bus et qu’ils vivent dedans ! Et ça, c’est vraiment trop cool.

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On fait donc la rapide connaissance d’Ana et de son papa, Luis. Rapidement car ils étaient un peu overbookés, à deux jours de l’événement de 4×4 qu’ils reçoivent sur leur terrain. Du coup, on fait connaissance avec notre futur chez nous, le temps pour eux de faire un aller-retour au village. Et quel chez nous ! Une tente (mais pas une petite tente 2sec Quechua, non, une vraie tente d’indien, de 20m2, où on peut se mettre debout easy, avec de vrais matelas, de vrais coussins, de vraies couvertures, des fenêtres, une guirlande lumineuse, une cafetière et un chauffage électrique ! Un chauffage électrique ?! Il est temps de faire tomber le voile sur la Colombie, la vraie. A tout ceux qui pensaient que la Colombie c’était ça : http://wp04.teztourisme.net/wp-content/uploads/2014/09/co_Caribe_Tayrona_Parque-Tayrona_AventuraColombia.jpg et ben je tiens à rétablir la vérité. La Colombie c’est aussi et surtout ça : http://www.tameteo.com/meteo_Bogota-Amerique+du+Sud-Colombie-Distrito+Especial–1-19515.html

Pour faire simple, si nous avons un radiateur électrique dans la tente, c’est parce qu’en été, la nuit, il gèle à La Calera ! Si seulement on avait eu connaissance de la météo AVANT de renvoyer tout notre attirail d’hiver en France. Si seulement… Nous qui nous imaginions en bikini et en tong, on déchante doucement. Les plages de sable blanc, les eaux cristallines et les 35° à l’ombre, de toute évidence, ce n’est pas pour l’instant.

Pour l’instant, nos petits bras sont mis à rude épreuve ! Nous avons deux jours, pas un de plus, pour finir de construire le bar et les toilettes – avant que des centaines de conducteurs d’engins monstrueux et de fanatiques tatoués emplissent l’étang et ses alentours pour observer, de nuit, les pilotes de quatre roues motrices essayer de se sortir de la boue. Les filles s’attèlent à la finition de la terrasse (qui, selon Pauline, est un chef d’œuvre à mettre au même niveau que le Machu Picchu), quant à moi, je creuse des trous et je transporte des trucs lourds. On travaille beaucoup ces premiers jours, on se lève tôt et, généralement, on est endormis à 20h. Néanmoins, nous sommes largement récompensés à la pizzeria du coin, où Luis nous invite pour nous remercier de notre travail acharné. Plus de 1000 personnes sont attendus le Jour-J et ne me demandez pas pourquoi, il n’y a que 350 bières en vente au bar. D’ailleurs, tout nous paraît dérisoire : 700 empanadas, 300 tamals, 75 brochettes de poulet, et quelques boissons gazeuse… Ils ne tiendront jamais. Par chance, ou hasard, le monde n’est pas vraiment au rendez-vous. Les 1000 fans de 4×4 attendus ne sont que 300. Je m’occupe du parking, qui soit disant passant est hors de prix ce qui me vaut d’être élu « personnalité détestée de l’événement 4×4 » alors que Justine et Ana sont au bar à préparer des canelazo et Pauline et Julian au barbecue où ils retournent les brochettes de poulets et tentent d’éviter de faire trop brûler les empanadas. Tout se passe bien jusqu’à ce qu’une bande de kékés-tuning pointe le bout de son nez et refuse de payer le parking, avec intervention de la police et tout le tralala. Finalement, c’est vers 1 heure du matin qu’on peut tous se boire la petite bière de débauche, épuisés mais remplis de brochettes. Ana et Julian se disent qu’ils écouleront le stock le lundi, deux jours plus tard, où ils accueillent un autre événement, de quad cette fois-ci. C’est ce fameux lundi qu’on en apprendra plus sur l’organisation colombienne. L’événement qui devait avoir lieu dès 8 heures, est finalement annulé le jour même à 11h, suite à coup de téléphone d’Ana à l’organisation. Apparemment, ça se passe souvent comme ça en Colombie. Du coup on se trouve avec 250 tamals sur les bras, des empanadas à ne plus savoir quoi en faire, et, contre toute attente, des bières en quantité ! Bon, j’avais bien une petite idée de comment faire disparaître les bières, mais la nourriture, périssable, c’est une autre histoire. Finalement, la course de quad se transforme en pique-nique familial et tous les parents et amis d’Ana et de Julian nous rejoignent pour picorer toute l’après-midi. Une bonne journée en somme.

Par la suite, nous passons le plus clair de notre temps à peindre (des pots de fleurs, des poteaux, des palettes), à creuser, à déplacer le compost, à jardiner ou à ramasser du crottin de cheval. Rien de bien compliqué, mais tout de même près de 6 heures par jour. On se familiarise avec l’agua panela : de l’eau chaude où l’on fait fondre de la résine de sucre de canne, pas mauvais, on enchaine les feux de camp à parler de la Colombie d’aujourd’hui, des FARC, de l’époque Pablo Escobar et on apprend beaucoup de ce pays qu’on ne connaît que trop peu. Les jours défilent plutôt vite, même si nous n’avons qu’un jour de repos par semaine, et on s’amuse bien. Oui, on a trouvé quoi faire des bières restantes ! Un jour, Luis, heureux de nous faire découvrir la région nous amène à Sopo, petit village, à quelques kilomètres de La Calera. Rien d’exceptionnel à Sopo, si ce n’est une place centrale avec quelques arbres centenaires, un délicieux restaurant de burgers et l’usine Alpina, l’équivalent de Président en France. Effectivement, les burgers étaient délicieux, il faut dire que ça fait des années que Luis connaît et revient ici, juste pour les burgers. Puis direction l’usine de produits laitiers, dont Luis est fier de nous compter l’histoire avant de finir au supermarché-dégustation de la dite fabrique. Si le fromage à raclette nous a tapé dans l’œil, on s’octroie plutôt un petit dessert sucré à base de fraises à la chantilly, millefeuille à l’arequipe (qui n’est ni plus ni moins que de la confiture de lait), cheesecake à la mûre et fromage frais à la confiture de fraise. Un délice. Le plus drôle dans l’histoire, c’est que chaque week-end, la ville de Sopo est banalisée pour permettre l’accès à l’usine où des milliers de Bogotiens viennent manger des fraises à la crème. On a du mal à s’imaginer des centaines de Parisiens se rendant en Normandie pour aller manger un bout de camembert Président, m’enfin… Une journée passée à manger quoi. Le bonheur à l’état pur.

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Il est presque déjà l’heure de partir, et oui, déjà plus de deux semaines à la Calera, mais avant ça, Ana et Julian nous organisent un petit road trip dans la région, pour la découvrir dans un premier temps et nous remercier de notre travail exceptionnel ! Du coup on grimpe tous dans la jeep (le frère d’Ana compris, il vient de se faire larguer et est un peu au bout de sa vie) direction Suesca, Guatavita et la carrière de Felipe, un ami sculpteur perché, dans les montagnes et dans la vie. Tout comme Ana et Julian Felipe a construit sa vie dans un bus aménagé en appartement, et, progressivement, a construit ce qui ressemble presque aujourd’hui à une petite maison avec terrasse, baie vitrée, cuisine et salle de bain (il était d’ailleurs plutôt fier de sa salle de bain, après 2 ans sans douche…). On profite de la soirée avec tous ces joyeux lurons, avant de partir le lendemain direction la cambrousse Colombienne. On passe la journée à se balader tranquillement dans un semblant de parc naturel d’altitude, apparemment réputé pour ses arbres à rétention d’eau, qui ne poussent qu’à cette altitude. Ce n’est pas le plus beau parc, ni la plus belle nature qu’on n’ait jamais vus, mais on passe une après-midi des plus sympathique et c’est bien fatigué qu’on rentre tous au bercail. Nous sommes à J-2 du départ, et nous ne pouvons pas quitter nos hôtes sans leur préparer une bonne blanquette de veau. On fait le tour de La Calera dans l’espoir de trouver du veau, en vain. On a bien trouvé des côtelettes et le boucher – apparemment plus que ravi de rencontrer des français – a tout fait pour nous les vendre, mais nous nous rabattons sur une blanquette de poulet. Veau, poulet, du pareil au même.

Nous partons toute la journée du samedi avec Ana, Julian étant occupé à tatouer dans son bus-studio, à un regroupement d’entrepreneurs Colombiens qui revendiquent un retour à la vie à la campagne, sans pour autant vivre reclus, seuls, au fond des bois. Ils possèdent leur propre monnaie alternative, sont tous membres d’associations diverses, portent des projets éco-artistico-alternativo-educativo-créatifs, mangent bio voire végétarien, disent non à la consommation de masse… bref, des mecs bien. Ce samedi, la réunion se tient dans une ferme à quelques minutes à pieds de chez Ana et Julian, on s’y rend donc à pied, et on croise Otto sur la route, qui nous fait tous rentrer dans sa twingo, rebaptisée pour l’occasion, l’Ottobus. La journée est plus que rythmée, au programme : dégustation de pain et fromage artisanaux, désherbage des capucines, visite guidée de l’exploitation, cours d’apiculture, récolte des graines de capucines puis nettoyage et mise en bocal (car oui, ça se mange, tous comme les fleurs, les feuilles, les tiges…), puis déjeuner fait-maison à base de bière artisanale, pain homemade, quinoa et légumes du soleil roulés dans des feuilles de capucines… Un vrai repas hippie chic. L’après-midi est réservé aux activités de l’association, team building, relaxation et comment voit-on le Hub Rural dans un an. C’est drôle, international même si le rythme et les sujets abordés sont parfois difficiles à suivre pour les pauvres francophones que nous sommes. On finit la journée sur un marché artisanal, où chacun vend ses produits ou services, et où on peut payer en pesos colombiens, ou en ROCA, leur monnaie à eux. On paiera nos bières artisanales en pesos.

On se lève tôt le lendemain pour lancer dès 9 heures, la cuisson de notre blanquette. On a un peu la pression, tout d’abord parce qu’on a jamais fait de blanquette et deuxièmement parce qu’on leur a dit que c’était super bon. On s’est donné du mal, mais, en toute honnêteté, c’était super bon. La meilleure blanquette de poulet de ma vie et de loin ! La première aussi. Pour l’occasion, Luis a fait pété sa meilleure bouteille de rouge ! Du Gato argentin. Le genre de truc qu’on a plutôt l’habitude de cuisiner, mais l’intention nous a fait chaud au cœur. Il est déjà l’heure de partir et de dire au revoir à tout ce beau monde, les volontaires ricains qui nous remplacent sont déjà en route. Si on s’attendait à voir Justine et Pauline verser une larmiche, quelle n’a pas été notre surprise quand Luis, ému, s’est lui aussi mis à pleurer. Que voulez-vous, les gens nous adorent.

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On ne les oubliera pas de si tôt, d’autant que Justine et Pauline se sont offertes – faute d’un tatouage – un petit sweat souvenir à l’effigie du studio de tatouage de Julian. On saute dans un bus direction Bogota, avant de rejoindre, ENFIN, le nord de la Colombie et les caraïbes.

Thibaut

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