Bolivia, part two

C’est l’estomac serré que nous quittons Uyuni et le Salar. Certes nous sommes un peu tristes d’abandonner Jon, mais nous appréhendons surtout les 7 heures de bus, sans toilettes qui nous sépare de la plus belle ville de Bolivie : Sucre. La route est magnifique, mais on sert les fesses. C’est à flanc de falaise que la plupart du chemin se fait, le conducteur semblant suffisamment confiant pour éviter d’utiliser la pédale de frein. Finalement, les sièges du bus s’en sortiront indemnes, et nous arrivons, le soir venu à trouver l’auberge dont Clément (cqfd : un baroudeur français, la cinquantaine bien entamé, rencontré lors de notre tour au Salar) nous a parlé. Il est déjà tard, et à peine avons nous avalé un bout de poulet frit que nous sommes tous les trois couchés, trop contents de pouvoir dormir, et longtemps !

Ce n’est que le lendemain que l’on découvre la ville blanche. On met également les pieds dans une vraie ville bolivienne, Tupiza n’étant qu’un simple bourg étape pour entamer un tour au salar d’Uyuni. On renoue avec les marchés, les stands de rues, les vendeurs de jus de fruits frais pour le plus grand bonheur de Justine et les pires cauchemars de Pauline, et les almuerzo completo à 15 bolivianos. Tant de choses à goûter si peu chères – la vie est vraiment trop difficile ici. Aussi on se fait plaisir. Notre séjour à Sucre est d’ailleurs plutôt simple. On visite peu la ville, mais on s’y balade tranquillement, profitant des places ombragées et des terrasses avec vue, on se détend, on joue au ping-pong à l’auberge et on enchaine les parties de barbu. On s’interroge aussi sur la destination suivante. On se tâte longuement à tenter l’expérience « Amazonie », mais on finit par prendre un long bus de nuit direction la capitale, La Paz. Par hasard, juste avant de partir, un kebab à la main, on croise Charline et Thomas, les belges rencontrés 5 jours plus tôt à Uyuni. Ils s’envolent, en bus, eux aussi pour La Paz où ils retrouvent Marion et Sylvain avant de rentrer respectivement au Plat Pays et à Mareuseille. Le rendez-vous est pris, on se recroisera normalement tous à La Paz autour d’une dernière mousse à aphonner.

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Nous arrivons tôt, très tôt à La Paz, après une nuit bien trop courte et bien trop peu agréable. Nous avions sous-estimé les hauts plateaux boliviens, nous laissant surprendre par le givre sur les fenêtres et la température polaire à l’intérieur du bus. Nous passerons l’état de la route, si on peut appeler ça une route. Bref, c’est sur les rotules, à 4h du mat’, mal réveillés et assaillis par conducteurs de taxis et vendeurs en tout genre que nous tentons de rejoindre l’auberge qu’un français étrange, rencontré à Sucre, nous a conseillé. Le billard et le ping-pong nous ont convaincu et par chance, ce n’est pas très loin de la gare routière. On arrive à mettre la main dessus (merci MapsMe) et on s’installe au petit salon, en attendant une heure descente pour pénétrer dans le dortoir de 20 personnes qui sera bientôt aussi le nôtre. Notre séjour à La Paz commence donc par finir notre nuit et nous ne sommes pas très pressés de découvrir cette ville immense, désordonnée et sale qui se présente à nous. Qui plus est, La Paz étant entourée de montagnes (dont un glacier !), ça monté sévère et les mollets sont mis à rudes épreuves. On est censés retrouver Marion, Sylvain, Charline et Thomas, mais une erreur de d’horaire, nous fait louper le coche. On part donc tous les trois à la découverte des hauteurs de la capitale, en téléphérique ! On se croirait aux Deux Alpes sans la neige (selon les filles ein, moi tout le monde sait que je n’y connais rien en ski). Nous atterrissons dans un quartier pas vraiment recommandable de La Paz, du moins, après coup, tous les locaux nous ont déconseillé d’y aller avec un appareil photo ou plus de dix euros : rassurant. Pas de soucis pour nous, si ce n’est de ce retrouver au beau milieu d’un immense marché à ciel ouvert où la couenne de porc côtois la cervelle de bœuf et les fœtus de lamas. Un mélange de marché aux sorcières et d’alimentations générale : en gros Rungis en dégueulasse. C’est rigolo, même si la chaleur et les odeurs ne nous incitent pas à nous attarder dans le quartier. Nous n’avons plus qu’à redescendre ! Et nous sommes bien contents de ne pas être monter à pieds, lorsque deux heures plus tard, on rejoint le centre ville. On avale le plus mauvais, mais le moins cher, almuerzo completo de notre séjour bolivien et on retourne illico à l’auberge, se reposer avant un concert endiablé de charango par le maître en la matière Ernesto Cavour. Ne vous inquiétez pas, nous non plus, on ne connaissait ni monsieur Cavour, ni le charango. On retrouve Marion, Sylvain, Charline et Thomas au Museo de los Instrumentos Musicales de Bolivia, ainsi qu’une petite vingtaine de passionnés de charango. Contre toute attente, le concert a été plutôt plaisant et sacrément original. On y découvre des classiques de la musique bolivienne, avec flûte de pan et autres instruments étranges. Puis vient le clou du spectacle : le grand Ernesto Cavour et ses inventions. Des dizaines d’instruments plus bizarres les uns que les autres, inventions du monsieur, avec entre autre un accordéon-flûte, un charango recto-verso et une guitare-tambourin. On rigole bien avec ce septuagénaire polyglotte bourré d’énergie. Cesse de musicalité, on file au restaurant où chacun compte ses derniers bolivianos pour choisir entre une omelette ou une bière. C’est la dernière soirée pour nos amis belges, qui s’envolent le lendemain direction Bruxelles où le travail les attend. Quant aux marseillais, encore quelques jours pour rejoindre Lima et retrouver leurs calanques.

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Les jours qui suivent à La Paz sont simples et alcoolisés. Nous faisons une croix sur les attractions culturelles limitées de la capitale bolivienne pour se concentrer sur ses activités nocturnes. La faute certainement à Sagar, un indien expatrié en Amérique du Sud et gérant du bar de notre auberge. Du coup, les deux jours qui suivent peuvent se résumer en billard – ping pong – bière – pisco sour – enrique iglesias. On rentre tard, on ne marche plus droit, je vomis un peu sur la portière du taxi, et on passe la journée, la tête enfarinée à se remettre des émotions de la veille, puis, logiquement, on finit à Burger King pour s’octroyer un digne repas post cuite. On fait la connaissance de bordelais en passage à La Paz pour la seconde fois, de bons copains de beuverie avec qui on aura bien rigolé. Justine et Pauline découvrent également les joies du shopping à la capitale où les boutiques touristiques ont envahi le centre ville. L’après-midi devient vite longue, à marchander sur les étales de faux bonnet en alpaga, de magnets lamas et de flûte de pan bon marché.

On décide de fuir La Paz pour rejoindre le Lac Titicaca, en faisant l’impasse sur l’incontournable trek del Choro et la très touristique route de la mort à vélo. C’est parti pour quelques heures de bus et une traversée sur barque avant d’atteindre Copacabana. Rien à voir avec Rio, le Copacabana bolivien n’en reste pas moins assez agréable. Si la ville est très touristique, porte d’entrée du lac Titicaca et de la magnifique Isla del Sol oblige, avec son lot de restaurants touristiques, bars à happy hour et vendeurs de souvenirs, Copacabana est aussi drôle ! Le week-end, paraît-il, des centaines de locaux se ruent à la cathédrale disproportionnée de la ville pour faire baptiser leur véhicule fraichement achetés. De notre côté, on se dégote une chambre à trois francs six sous, tenue par une vieille dame avec un branche de brocolis dans l’oreille, et on file, dès le lendemain, sur l’Isla del Sol (on s’arrête tout de même un moment au marché où Justine et Pauline se goinfrent de beignets frits. Meilleur met boliviens selon Pauline qui ne se nourrirait bien que de ça. Qui plu est, les 12 beignets sont à 50ct d’euro). On nous a longuement vanté la beauté du nord de l’île, du coup on fait l’impasse sur le sud et on part planter la tente sur une plage de sable blanc, face au lac Titicaca. Le cadre est digne d’une île thailandaise, à l’exception près qu’on partage notre petit coin de paradis avec des cochons, poules, vaches et ânes, et que la nuit, les températures ne s’élèvent guère au dessus des 10 degrés. On profite gentiment du camping gratuit et on investit tout notre budget dans la truite, cultivées en abondance dans le lac Titicaca, les locaux se sont spécialisés dans sa cuisson, toujours parfaite. Même si l’ambiance est plutôt au farniente (vous pouvez en parler aux jambes de Pauline, qui sont témoins de sa négligence face à ce soleil de 3800m d’altitude, comprendre : elle a perdu 6 couches d’épidermes et est interdit de short depuis) nous décidons d’aller profiter du coucher de soleil au sommet de l’île, en découvrant quelques ruines incas le long d’une petite randonnée d’une heure et demi. C’est beau, vraiment beau. Le lac, immense, nous donne l’impression d’être au milieu d’une mer aux eaux cristallines et on a du mal à se dire que l’eau n’est pas salée.

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C’est brûlés par le soleil et sans un bolivianos en poche que nous quittons notre petit coin de paradis après 3jours/2nuits à profiter de la quiétude de l’île. C’est reparti pour 2 heures de traversée sur un bateau beaucoup trop lent. L’occasion pour deux boliviennes de Santa Cruz de me demander si ma couleur de cheveux est naturelle, pour le plus grand bonheur de Justine et Pauline. Nous débarquons à Copacabana en plein week-end, et nous confirmons ainsi la légende du baptême de voiture. C’est incroyable. Des péruviens, des boliviens et même des argentins ont fait des centaines de kilomètres pour arroser leur voiture neuve de mousseux bas de gamme, les décorer de guirlandes et autres froufrous, glissant gentiment un billet dans la poche du prêtre qui enchaine les prières sur les voitures qui attendent leur tour. Les scènes sont aussi colorées qu’irréelles.

Ces images sont les dernières de notre séjour en Bolivie. Nous passons notre dernière nuit dans l’auberge de la dame à la branche de brocolis où nous avions laissé le gros de nos affaires pour aller camper, et nous sommes déjà dans un bus direction Puno, première étape de notre circuit péruvien. Tout juste le temps de nous réenfiler une petite quinzaine de beignets frits et de déguster (enfin) l’api, boisson local à base de maïs, cannelle et d’une centaine d’autres choses inconnues puis nous jetons un dernier regard aux motifs boliviens, à l’Inca Kola et à ce pays aussi haut que magnifique.

Pour retrouver l’intégralité de nos photos en Bolivie, c’est toujours par ici !

Thibaut

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